Lundi 22 juillet: les femmes du Mali s’inspirent de l’expérience du Sénégal dans la mise en place et l’animation de l’espace de veille des femmes pour des élections apaisées et équitable

La place de l’espace de veille dans la promotion politique des femmes, est le thème qui a été débattu ce jour au sein de la plateforme de veille pour des élections apaisés et sans violence au Mali. Pour ce 7ième jour d’ouverture de la Plateforme des femmes, les femmes du Mali ont invité Mme Aminata Kebe, chargée de programmes et point focal sur les questions relatives aux droits des femmes au Bureau Régional du Haut-Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme, à partager l’expérience du Sénégal.

Les 300 femmes et jeunes présents ce lundi  22 Juillet au sein de la Plateforme  ont noté que deux éléments majeurs ont justifié la mise en place de la plateforme du Sénégal à l’approche des élections à savoir les violences consécutives  à (i) la tentative de modification de la constitution par le président en exercice, Abdoulaye Wade, qui aurait permis au candidat arrivé en tête avec plus de 25% de voix d’être directement élu au 1er tour ; (ii) la validation de la candidature de Mr. Wade par le conseil constitutionnel. Face à ce que certains assimilaient à « un coup d’état constitutionnel », la population s’est mobilisée. La contestation, centrée autour du mouvement du 23 juin, initié par la jeunesse sénégalaise, a gagné la rue. Ces manifestations ont été violemment réprimées, il y a eu mort d’hommes. Le risque d’embrasement était réel.

Les femmes - conscientes des risques et du fait que, en cas de violences, ce sont bien souvent les femmes et les jeunes qui en sont les premières victimes - se sont mobilisés et structurées pour appeler à l’apaisement. Un « espace de paix au Sénégal pour dire non à la violence » a été mis en place en 10 jours en lien avec le cadre juridique régional et international puisque l’implication des femmes dans les questions de paix et de sécurité sont explicitement encouragées par la résolution 1325 du Conseil de Sécurité, la Convention de 1979 des Nations Unies contre toutes formes de discriminations à l’égard des femmes (CEDEF) et le protocole de Maputo de 2003 adopté dans la cadre de l’Union Africaine.

L’expérience du Sénégal a amené Mme kebé à dire à ces sœurs du Mali que : « les femmes ont une capacité réelle de médiation. Si elles se mettent ensemble, elles sont souvent écoutées ». Pour réussir leur mission, les femmes du Sénégal avaient mis en place trois mécanismes importants: un mécanisme d’alerte et de réponse rapide par rapport aux violences, des actions de sensibilisation à l’égard des femmes pour leur faire connaitre leurs droits d’électrice-citoyenne et enfin la nécessité de mobiliser les médias.  La plateforme du Sénégal était appuyée par une équipe de 19 journalises et a fédéré plus de 60 organisations de la société civile regroupées autour de Femme Africa Solidarité (FAS), incluant des femmes d’autres pays africains dont celles du Mali venu appuyer leur sœur du Sénégal. Selon Mme Kebe, le  mandat de la plateforme s’articulait autour de 3 axes : (i) la Médiation auprès des différents acteurs politiques et religieux pour faire retomber la tension pré-électorale, (ii) la Mobilisation des femmes pour la paix, (iii) le Monitoring des élections avant, pendant et après le scrutin pour signaler, en temps réel, tout problème et prendre des mesures adéquates le plus rapidement possible.

La conférencière indiquera que la plateforme du Sénégal a été un succès pour avoir obtenu l’engagement de toutes les parties prenantes au processus électoral à œuvrer pour la paix (leaders politiques, religieux, organisations de défense des droits des femmes) de travailler en faveur d’élections apaisées. Elle a reçu une reconnaissance importante au niveau national et international comme l’a démontré la visite du Président Macky Sall dès son élection, la rencontre de Mme d’Hilary Clinton avec les membres de la plateforme lors de sa visite à Dakar ainsi que la reconnaissance de son rôle dans le discours du président Obama lors de sa récente visite au Sénégal. L’une des réussites de la plateforme du Sénégal a été une forte implication des jeunes auprès des femmes. Par ailleurs, la plateforme a joué un rôle important pour l’application effective de la loi sur la Parité au Sénégal en veillant à l’application de l’alternance sur la liste des candidats aux élections législatives ayant permis d’avoir près de 43% des femmes parlementaires au Sénégal qui est un record au niveau régional et même africain après le Rwanda.

Les débats qui ont suivi le partage d’expérience du Sénégal ont permis de mettre en évidence l’importance de l’engagement personnel et collectif de toutes les femmes pour la réussite d’une telle initiative, ce qui n’est pas encore le cas au Mali. Plusieurs facteurs ont été évoqués dont la pauvreté, le manque de formation, le manque de cohésion, le poids de la religion, etc. A ce propos, Mme Kebe dira aux femmes du Mali : « au Sénégal et au Mali, nous avons les mêmes traditions, l’ancrage religieux est très important. Nous avons donc les mêmes contraintes. La première stratégie est donc de chercher des alliés au sein de la sphère religieuse, des alliés modérés. Car c’est une certaine interprétation du religieux que nous combattons. Il faut leur faire dire ce que dit la religion à propos de la parité. On trouve des argumentaires en faveur du droit des femmes dans les textes religieux. »

Comme pour donner une vision et tirer les leçons de cette expérience du Sénégal au profit des femmes du Mali, Madame Fatoumata Siré Diakité, ex Ambassadeur du Mali en Allemagne et au BENELUX, présidente de l’APDF dira : « Même si il faut être indisciplinée politiquement, il faut le faire. Les femmes doivent avoir confiance en elle et se battre. »  Madame Bintou Sanankoi, Femme ex-députée du Mali, comme pour tirer une conclusion à ces débats dira : « Les hommes nous reprochent de ne pas porter nos revendications.Les femmes doivent pouvoir participer à l’élaboration des politiques. Elles sont complémentaires aux hommes, et doivent les appuyer. Il faut convaincre les hommes par les compétences. »

Il faut noter que la plateforme de veille des femmes pour des élections apaisés et équitable au Mali a été mise en place depuis le 16 Juillet 2013 dans un espace mis à disposition par le Ministère de la famille, de la promotion de la femme et de l’enfant et rentre dans l’opérationnalisation de la stratégie nationale Genre et élection du Mali. Elle est financée par ONU femmes, le Pays Bas, le PNUD et l’UE et a reçu en 7 jours plus de 2000 femmes de tous horizons désireuse de mieux comprendre les défis électoraux et surtout le vote utile des femmes.

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© Plateforme de veille des femmes 2013