Vendredi 26 juillet 2013: la plateforme de veille des femmes sous les projecteurs avec la visite de deux personnalités majeures de la vie politique malienne.

Opposition de styles et de programmes ce matin, vendredi 26 juillet 2013, à la plateforme de veille des femmes pour des élections sans violence et équitables au Mali qui avait l’honneur de recevoir deux acteurs de poids de la scène politique malienne : le porte-parole du candidat Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), Mr. Amadou Sangaré et l’unique candidate femme aux élections présidentielles Madame Haïdara Aïchata Cissé dite « Chato ».

Mr. Amadou Sangaré est venu confronter la dimension genre du programme d’IBK avec le public de la plateforme de veille, venu encore une fois très nombreux ce matin. Il a commencé son allocution par une phrase qui n’a pas manqué de susciter des interrogations parmi les participants présents, majoritairement des représentantes des organisations féminines, des femmes et des jeunes : « Le rôle des femmes est déterminé par la société malienne ». Il estime que « la parité ne se décrète pas. Les femmes atteignent leur importance dans la société par rapport à leur éducation. On prend une femme pour un poste en fonction de ses compétences, parce qu’elle a la valeur de faire quelque chose, pas parce qu’elles a le statut de femme ».

Mettant l’accent sur l’éduction, Mr. Sangaré a annoncé que le programme d’IBK prévoit des cours de soutien pour les jeunes filles jusqu’à la fin de leur premier cycle afin qu’elles aient un niveau de compétence leur permettant d’assurer leurs économies. Il précise : « il faut que les jeunes filles et les femmes se prennent en charge ». Dans cette optique, IBK prévoit d’une part un programme de sensibilisation dans les familles et d’autre part des mécanise de soutien financier aux femmes rurales. Il est convaincu que cela permettra aux femmes d’assurer leur développement personnel et économique. Afin que les besoins des femmes soient écoutés, IBK propose d’associé les associations féminines aux décisions politiques. La nomination de femmes compétentes au sein des conseils d’administration des entreprises publiques fait également partie de ses priorités.

Cette présentation a reçu un accueil mitigé au sein de l’assistance, et nombreuses sont les femmes qui ont émis des inquiétudes par rapport au programme présenté. Certaines se sont émues de l’absence de mesure visant à promouvoir l’égalité homme/femme, d’autres ont souligné que l’autonomisation des femmes passe d’abord par l’obtention de certains droits de base qui ne sont, pour le moment, pas encore garantis au Mali. Comme l’a rappelé Aminata Kebe, chargée de programme chargée de programmes et point focal sur les questions relatives aux droits des femmes au Bureau Régional du Haut-Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme, « la femme et l’homme sont des citoyens égaux en droits ». Elle appelle le candidat IBK à instaurer cette égalité de droit, garantie par de nombreuses conventions internationales signées et ratifiées par le Mali.

Le problème de l’accaparement des terres agricoles a également été soulevé par une participante. Mr. Sangaré estime qu’il ne s’agit pas d’une question de genre. C’est un problème auquel sont confronté aussi bien les hommes que les femmes. Il souhaite une application pleine et entière de la loi et précise qu’IBK s’en assurera. Il rappelle que le programme du candidat président comporte des aspects spécifiques pour aider les femmes rurales afin de favoriser un accès aux équipements de production et à la terre. Mais cela va se faire en fonction des besoins locaux, car chaque région a des besoins différents, précise-t-il. Enfin, la délicate question de la révision du code de la famille a été discutée. Mr. Sangaré a annoncé qu’IBK souhaite traiter cette question dans le cadre du dialogue, notamment avec le monde religieux.

Comme le veut la tradition, Mr. Sangaré a conclu son passage au sein de la plateforme de veille de femmes en apposant au nom d’IBK, sa signature sur la couverture de la paix.

La plateforme de veille des femmes pour des élections apaisées a ensuite eu l’honneur de recevoir, le jour de son anniversaire (!) Madame Haïdara Aïchata Cissé dite « Chato ». Devant un public conquis d’avance, cette dernière a présenté avec énormément de charisme, les points clés de son programme de société.

Mme Haïdara appelle à une parité intégrale et effective. Elle déclare : « Il faut arrêter ces histoires d’y aller progressivement. On sait que les femmes sont compétentes, qu’elles ont les mêmes diplômes que les hommes. Il n’y a pas de raison de parler de parité progressive. Je veux la parité intégrale. Si je suis élue présidente du Mali, mon gouvernement sera composé de 20 personnes : 10 hommes et 10 Femmes. » Elle souhaite également des mesures fortes au sein de la fonction publique. Elle annonce qu’elle fera voter un système de quotas au sein de l’administration et des organes législatifs. 

En ce qui concerne le secteur de la santé, Mme Haïdara souhaite un système d’allocations familiales universelles Elle veut également garantir un accès pour toutes les femmes maliennes à la santé de reproduction. Elle souhaite notamment démocratiser les consultations prénatales et rendre les échographies obligatoires. L’instauration d’une bourse de soutien familial, sous certaines conditions, fait également partie de ses priorités. Elle annonce la création d’une commission, logée au cœur du Ministère des Finances qui sélectionnera, sur base de critères clairs et prédéfinis, les familles qui en bénéficieraient.

Ce nouveau mécanisme s’appliquera également pour l’allocation d’un fond de 50 milliards de francs destinés à stimuler le développement et l’accès au crédit, pour des projets viables. Ce fond sera prioritairement alloué à des projets porté par les femmes et imposera des conditions d’accès à l’emploi pour la jeunesse. Ainsi lorsqu’une entreprise se développera, l’état malien lui imposera un quota de jeunes à embaucher. Ce fond sera également mobilisé pour moderniser l’agriculture. « Il doit permettre aux jeunes de disposer de moyens de production modernes ! ». Afin de stimuler la création d’entreprises au Mali, Mme Haïdara exigera, lorsqu’un marché public est alloué à une multinationale, que celle-ci soit automatiquement associée à une entreprise malienne.

Mme Haïdara s’engage à prendre à bras le corps les problèmes fonciers. Elle souhaite un renforcement de la loi sur l’accès à la propriété des femmes. Elle souligne que dans ce domaine, le plus grand problème reste la non-application de la loi.

A côté des femmes, c’est la jeunesse qui est au cœur du projet de société de Mme Haïdara.

Elle nous dit : « il faut parler de la jeunesse, c’est l’avenir du pays. On ne peut pas parler de l’emploi des jeunes sans parler de la formation ». L’éducation est le secteur par excellence au sein duquel le Mali a échoué. Les grèves à répétition sont la première cause de cet échec. Elle dénonce et nous dit : « les jeunes n’ont plus le niveau. L’année scolaire dure officiellement neuf mois mais ici à cause des grèves, c’est beaucoup moins ». Mme Haïdara promet : « En tant que syndicaliste, je sais négocier. Je sais faire comprendre aux gens ce qui est faisable et ce qui est irréaliste. Si je suis élue, les enfants n’iront plus en grève ! »

Pendant une intervention longue de deux heures, Mme Haïdara a abordé une grande quantité de sujet. Voici succinctement certaines thématiques également abordées.

Elle a premièrement promit l’instauration, pendant son mandat, d’une justice équitable qui ne se négociera pas. « Les mandats d’arrêtes doivent être exécutés. On ne peut pas parler de paix sans justice » ! Deuxièmement, elle estime qu’il est indispensable que l’on remette le code de la famille sur la table. Mme Haïdara tient l’Etat malien pour responsable de cet échec notamment en raison du manque de communication.

La question de la restructuration du paysage politique au Mali a été discutée. Ce dernier est beaucoup trop fragmenté. Mme Haïdara imposera dès son entrée en fonction des conditions beaucoup plus strictes pour créer un parti politique. Enfin, dernier point, le thème de l’assainissement a fait l’objet de discussions. Il se trouve en bonne place dans le programme de Mme Haïdara car il est intrinsèquement lié à la question de la santé. Le secteur privé sera encouragé à s’investir dans cette problématique, notamment via le fond de 50 milliards de francs précédemment évoqué.

Pour terminer son allocution, juste avant la traditionnelle signature de la couverture de la paix,  Mme Haïdara a remercié la plateforme de veille et les femmes présentes, pour leur engagement et leur enthousiasme. Elle a promis de continuer le combat de la parité avec les femmes et les hommes. Mme Haïdara souhaite désormais traduire l’engouement des femmes dans les urnes dimanche. Nous lui souhaitons d’ores et déjà bonne chance !

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© Plateforme de veille des femmes 2013